INSTITUT INTERNATIONAL D'HYPNOSE, centre de formation professionnelle et certifiante à l’hypnose et à l’hypnothérapie - Casablanca, Royaume du Maroc.

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Gnawa au Maroc

Gnawa au Maroc

Définition : Descendants d'anciens esclaves noirs d'Afrique subsaharienne - Institut International d'Hypnose

Les transes hypnotiques dans la culture Islamique

"L’insensé n’est qu’une ruse de sens, une manière pour le sens de revenir un jour" - Michel Foucault

Introduction

L'étude de ce mémoire s’appuie sur les travaux de terrain réalisés par des chercheurs auprès des membres de différentes confréries religieuses (Rhahla, Gnawa, Aissawa, Hamadcha), pour relire les entretiens et interviewes qu’ils ont effectués avec leurs collaborateurs, relecture qui a (peut-être), d’autres objectifs que ceux que ces chercheurs ont tracé pour l'études de ces confréries. L’objectif de cette relecture est de détecter les "symptômes" du phénomène hypnotique quand il joue comme toile de fond de certaines pratiques mystiques et les couvre de confusion et d’étrangeté, au point où elles apparaissent  éblouissantes. Tout en assumant l’entière responsabilité du contenu et des hypothèses théoriques de cette présente relecture, je voudrais remercier M Sébastián López, le directeur de l’IIH pour sa patience et sa compréhension pour la la liberté du choix du sujet qu’il m’a laissé. Je suis particulièrement  reconnaissant  à cet homme, sa perspicacité psychologique et sa finesse d’esprit m'ont été d’un grand apport.

Chercher à comprendre rationnellement des pratiques rituelles qui appartiennent au monde du soufisme musulman, suggère une tendance à pénétrer certains phénomènes culturels qui entrent dans le registre du sacré. Mais mon objectif est de mettre en lumières ces phénomènes, qu’une large population  observe par étonnement et grand estime, et considère comme preuve de crédibilité et de justesse, comme étant de superstitions ou croyances populaires. Le choix de ce sujet ne vise ni le dérangement ni l’attaque de personne. Je crois profondément que chaque groupe culturel vit ce type d'expériences (religieuses, culturelles), comme réalités concrètes qu’ on est dans l’obligation et le devoir de respecter , en tant que droits culturels. L’objectif donc n’est pas la profanation de cette foi collective (énergie qu’aucun observateur averti ne peut nier ou méconnaitre), mais le dévoilement des mécanismes inconscients qui interviennent dans l’apparition de quelques phénomènes qui s’y attachent.

Si cet acte poussé seulement par la curiosité cognitive peut signifier pour quelques-uns la désacralisation de ces phénomènes, je voudrai mettre en valeur le fait que l’objectif de cette relecture   n’est autre que le savoir, rien d’autre. Ce qui est important derrière le dévoilement de ces facettes de la transe extatique, c’est la rationalisation des phénomènes qui l’accompagnent, pour arriver à leurs vrais sens, derrière l’aspect miraculeux qui les couvre. Dévoilement qui peut ouvrir un autre horizon possible pour plus d’approfondissement dans la   compréhension du phénomène soufi.

L’hypnose connaît depuis quelques années un regain d’attention et d’intérêt de la part des professionnels du soin, mais aussi du grand public qui mesure la pertinence de cette approche ouverte, efficace et respectueuse de l’écologie psychique.  Mais jusqu’à présent (selon notre connaissance), l’hypnose n’est pas suffisamment investi dans le domaine culturel que les sciences humaines prennent en charge ., domaine surtout que  au Maroc ce domaine  connait une grande richesse par sa variété   et que   certaines  zones  y   sont restées encore vierges  jusqu’à nos jours.

L’hypnose et les phénomènes hypnotiques ​

Définition de l’hypnose

L’hypnose est un terme d’origine grec, apparu au XIXe siècle. En 1814, le dictionnaire de l’Académie française parle d’hypnologie ou d’hypnotisme. Dès 1820, les termes hypnotisme et hypnose sont proposés par Étienne Félix d’Henin de Cuvillers (officier et magnétiseur Français). L’hypnose désigne, comme le sommeil, un état amplifié de conscience. Par extension, elle désigne aussi les techniques permettant de créer cet état ainsi que leur utilisation thérapeutique.

La British Medical Association définit l’hypnose en 1955 comme un état passager d’attention modifiée chez le sujet, état qui peut être produit par une autre personne et dans lequel différents phénomènes peuvent apparaître spontanément, ou en réponse à différents stimuli verbaux ou autres. Ces phénomènes comprennent un changement dans la conscience et la mémoire, une susceptibilité accrue à la suggestion et l’apparition chez le sujet de réponses et d’idées qui ne lui sont pas familières dans son état d’esprit habituel. En outre, des phénomènes comme l’anesthésie, la paralysie, la rigidité musculaire et des modifications vasomotrices, peuvent être, dans l’état hypnotique, produits et supprimés".

L’hypnose suppose une profonde détente physique et psychique, et non une perte de volonté. Elle consiste à fixer son attention sur un objet ou une réalité (d’ordre visuel, sonore...) afin que le psychisme s’endorme, se mette dans une position de relâchement maximale, position très proche du sommeil. Ainsi la fonction logique de l’esprit laisse la place à la fonction imaginative. La fonction imaginative est également le lieu des réponses émotionnelles.

"L’hypnose est un état d’esprit dans lequel le sens critique de l’être humain est contourné et une pensée sélective mise en place" - Dave Elman, 1970.

L’hypnothérapie vise à rechercher des ressources dans le psychisme du sujet pour lui permettre de mettre en place de nouvelles stratégies. Certains hypnothérapeutes utilisent l’hypnose pour retrouver l’origine d’un problème dans le passé et favoriser une abréaction (sorte de "décharge émotionnelle") grâce à des techniques de régression. L’hypnose n’est pas d’abord une thérapie mais un outil dont les applications peuvent être thérapeutiques sans s’y restreindre. 

L’hypnose dépasse largement le cadre thérapeutique pour trouver sa place dans des domaines aussi variés que le spectacle, le management, le coaching, la vente, la communication et le développement personnel. Là réside la différence entre l’hypnose et l’hypnothérapie. L’état hypnotique peut être léger ou profond.

"Toute hypnose est une autosuggestion guidée. […] La manière la plus précise de définir l’hypnose est de se référer à elle comme à une méditation guidée" - Hunter, 1994, 2010.

L’état hypnotique produit des créations qui peuvent s’apparenter aux rêves. D’ailleurs, les images du rêve semblent présenter un caractère hypnotique, et la médecine est liée au rêve depuis la Grèce antique, lorsque les personnes venaient chercher la guérison à Épidaure, où le dieu de la médecine. Asclépios apparaissait en songe aux prêtres pour leur révéler le remède qui rendrait la santé.

L’hetero hypnose (ou l’hypnose que l’on fait en se laissant guider par un opérateur) s’atteint via l’induction. L’induction est la méthode qui consiste à conduire le sujet vers un état de conscience modifié. Cette méthode utilise des techniques diverses, dont la plus célèbre est la suggestion. L’induction peut être longue, entre vingt et  vingt-cinq minutes, ce qui semble faciliter un meilleur travail de visualisation. Elle peut être courte ou durer quelques minutes, en utilisant la technique de surcharge des sens ou de confusion par exemple.

L’induction, base de l’hypnose

La suggestion est une technique qui influence, l’état émotionnel et les représentations du patient. La suggestion provoque « une idée (…) acceptée par le cerveau » (Bernheim, 1884, 2004).   Les suggestions peuvent être directes (autoritaires), ou, comme en hypnose Ericksonienne, indirectes (métaphores, récits…).Exemples de suggestion verbale directe « Votre bras se lève… » (hypnose classique) « Dormez, je le veux ! »

Exemples de suggestion directe permissive : « Votre bras peut quand il le souhaitera être curieux de se lever… » (hypnose ericksonienne) « Je ne sais pas quand votre bras commencera à se lever… » « Vous pouvez sentir comment votre respiration… » .

PS : Il faut évidemment que le bras ne soit pas levé au moment où la phrase est prononcée…

Une suggestion est une demande formelle, dans certains cas c’une description fausse mais injonctive, ayant souvent trait à des sensations, des perceptions, des émotions. En hypnose, elle est essentiellement le fruit de la parole et vise bien souvent à ce que l’hypnotisé porte attention à son monde intérieur (sensations, émotions, représentations imaginaires). : « vous pouvez visualiser… », « vous pouvez être content(e) »…

En hypnose ericksonienne, la confusion joue un grand rôle. L’idée est de « perdre » le conscient, afin que l’inconscient puisse émerger. Il peut s’agir de faire perdre l’attention au patient en lui demandant de penser à divers objets ou diverses parties de son corps, en saturant les perceptions conscientes. Enfin, La métaphore connaît un fort usage en hypnose. Elle peut être soit contextuelle (préconstruite à la séance) ou bien inspirée (apparaissant, au cours de la séance, à l’hypnothérapeute, dans une forme de rêve éveillé).

Hypnose  et imagination 

L’hypnose fait appel à un autre type de pensée que la logique. Elle mobilise nos croyances, nos émotions ainsi que notre imagination. Émile Coué (1857-1926), psychologue et pharmacien français, étudia les pouvoirs de la pensée, ou plutôt, de la croyance. Toute croyance que nous tenons pour vraie a tendance à influencer nos actes. D’après lui, l’imagination est bien plus puissante que notre volonté, et c’est sur elle que nous devons agir pour favoriser la guérison.

"Contrairement à ce que l’on enseigne, ce n’est pas notre volonté qui nous fait agir, mais notre imagination (...) L’imagination peut être conduite - Emile Coué / L’imagination est le langage du subconscient » (Hunter, 1994, 2010).

Hypnose, inconscient et subconscient

Dans l’hypnose, certains thérapeutes parlent d’Inconscient, d’autres de subconscient. Sans doute cela dépend-il des paradigmes de référence. L’inconscient suppose le conscient et le préconscient, selon l’appareil psychique tel qu’il a été développé par Freud dans la première topique. Dans L’Interprétation des rêves, Freud parle de "système Pcs-Cs", le préconscient cherchant à interdire aux contenus inconscients la voie vers le préconscient et le conscient.

Dans la théorie freudienne, l’inconscient se définit comme l’ensemble des représentations refoulées, parce qu’elles sont inadmissibles, notamment d’un point de vue de la morale par le surmoi, l’instance du jugement : lois, moral, religion, meurs, traditions, normes sociales... L’inconscient est méconnu, hormis dans ses manifestations, lorsqu’il est parvenu à passer la barrière de la censure, ce que l’on retrouve dans les lapsus, les actes manqués, les rêves  etc. Ainsi, l’hypnose, par la création de l’état modifié de conscience, permettrait d’accéder aux contenus inconscients (émotions, pulsions, représentations…), en levant la barrière des résistances et des refoulements.

L’hypnose offre tant au patient qu’au thérapeute un accès aisé à  l’inconscient du patient. Elle permet de s’occuper directement de ces forces inconscientes qui sont sous-jacentes aux perturbations de la personnalité, et elle autorise l’identification de ces éléments de l’expérience de vie d’un individu qui ont de l’importance pour la personne et auxquels on doit accorder toute l’attention requise si l’on souhaite obtenir des résultats thérapeutiques.

"Seule l’hypnose peut donner un accès aisé, rapide et large à l’inconscient, inconscient que l’histoire de la psychothérapie a montré être d’une telle importance dans le traitement des désordres aigus de la personnalité" - Milton Erickson

Le subconscient renvoie à l’idée d’une conscience subjective mais le terme peut être ambigu dans la mesure où il est également invoqué dans les travaux de Jung et de Janet. Le terme "inconscient" est parfois décrié car il est fortement connoté en psychanalyse, alors même que Freud n’a pas souhaité poursuivre l’étude de l’hypnose. Et c’est pourquoi aussi la formule "état de conscience modifié", peut lever toute ambiguïté quant aux termes "inconscient" et "subconscient".  

Dans l’hypnose le langage revêt un rôle majeur, et c’est à travers le langage que seront suggérés et induits les états de détente interne ainsi que le travail sur les représentations et l’énergie psychique refoulée derrière ces représentations. 

Les phénomènes hypnotiques

Le cerveau est capable de réaliser des prouesses. Lorsque nous sommes dans un état de transe hypnotique, l'esprit peut avoir accès à tout son potentiel de créativité. Les phénomènes hypnotiques, ne sont pas propres à l’état hypnotique, mais peuvent se developper, parfois d’eux mêmes, parfois à la demande de l’opérateur. Ces phénomènes sont :

  • La dissociation (Phénomène hypnotique déclenché durant la transe mystique) : C'est le fait d'avoir le corps physique à un endroit et d'avoir l'esprit absorbé dans ses pensées. C'est tous ces moments de la journée où vous êtes dans une forme de rêverie et passez en mode automatique. La dissociation va être utile pour permettre de trouver un lieu de confort en esprit et de s’ y ressourcer.
  • La lévitation : La lévitation d'un membre (bras, jambe) est un mouvement idéomoteur. C’est-à-dire un mouvement physiologique qui peut se déclencher par la pensée et l’imagination. Ainsi, l’inconscient va déplacer une partie du corps, en parallèle il développera un sensation créé par imagination via la suggestion, exemple : plus vous vous sentez bien et plus la main peut devenir légère et s'élever.
  • Ce phénomène peut permettre à la transe hypnotique de se stabiliser ou s’approfondir lorsqu’elle est utilisée pour convaincre le sujet de la réalité de l’hypnose.
  • La catalepsie : C'est lorsqu'une partie ou l'ensemble du corps est figé dans une position sans effort conscient. 
  • L'amnésie : C’est un oubli, comme lorsque vous oubliez les clés de la voiture quelque part sans vous en souvenir, ou que vous oubliez certaines sensations physiologique.
  • La distorsion du temps : Le cerveau perçoit le temps à sa façon, une journée de ramadan pour un fumeur peut être ennuyeuse  et peut lui sembler passer très lentement tandis qu'une rencontre passionnant avec quelqu’un qu’on aime peut nous donner l'impression de passer très vite. 
  • L'anesthésie : L’absence totale de sensations. Elle est utile pour les opérations ou les interventions chirurgicales.
  • L'hallucination : Qu'elle soit positive (exemple : créer une vision ou une sensation) ou négative (exemple : supprimer un son), l'hallucination est le fait de modifier les perceptions sensorielles que nous avons de la réalité. 

Pour résumer : L'ensemble des phénomènes hypnotiques présentés sont les outils de changement qu’utilise l’hypnothérapeute pour accompagner son patient. Maîtrisés, ils facilitent une meilleure gestion des émotions, permettent d'arrêter de fumer, de vaincre la dépression, etc...

La transe hypnotique et le rôle des mots

La personne est acteur à part entière de sa transe. L’hypnothérapeute n’est qu’un accompagnateur, un guide, une présence rassurante et réconfortante. Pour induire l’état de transe hypnotique, le praticien en hypnose utilise les différents canaux de communication. Le canal non verbal correspond aux postures, aux attitudes, aux gestes, à la mobilisation du corps, c’est souvent, tout ce qu’accompagne le verbal. C’est le premier langage que nous utilisons dans la vie, souvent le plus explicite, il est essentiel dans la communication au point que Weitzenhoffer dit "que l’on ne peut pas ne pas communiquer". Le canal verbal correspond au choix des mots et des expressions de la personne en lien avec son vécu, sa culture, son environnement social.

"Les mots sont les médicaments les plus efficaces utilisés par l’homme" Rudyard KIPLING

L’hypnothérapeute quant à lui utilise pour la personne les mots positifs qui font du bien, qui protègent, qui rassurent, qui apportent du bien-être, de la sécurité, du confort, de la bienveillance. L’hypnothérapeute soigne son langage et évite des phrases ou des termes négatifs, des mots désagréables. Le praticien en hypnose utilise davantage un langage paternel, simple, félicite la personne, la rassure.

L’autohypnose

Dans l’autohypnose, c’est la personne elle-même qui devient son propre hypnotiseur. Elle suppose une forte capacité de concentration et de détente interne. La personne sera attentive à son intériorité pour y induire d’autres croyances, émotions et circuits psychiques. L’autohypnose consiste à entrer par ses propres moyens en état modifié de conscience. Il existe une multitude de techniques, mais auto-appliquées. La personne en autohypnose reste en partie consciente, ce qui lui permet de se donner les suggestions et autres directives à l’inconscient, au détriment d’une transe hypnotique profonde .

Le terme « hypnose », dérivé d’un mot grec signifiant « sommeil », est trompeur. En tant que praticien utilisant cet outil […] vous n’hypnotiserez pas le patient, il s’hypnotisera lui-même » (Dave Elman, 1970).

« Toute hypnose est autohypnose. Si vous suivez mes instructions, aucun pouvoir sur terre en dehors de  vous- même ne  peut vous empêcher d’être hypnotisé » (Tebbetts, cité par Hunter, 1994, 2010).

« L’autosuggestion est l’implantation d’une idée en soi-même par  soi-même » (Coué, 1926).                      

L’Homme en tant que sujet

On peut dire qu’ en tant qu’être qui pense, désire, réagit librement avec conscience, volonté et intentionnalité, l’Homme dans sa totalité est sujet. Mais cette définition opérationnelle peut poser quelques problématiques puisque elle est discutable.

La notion du "sujet" n’est pas une notion simple, car il est vu différemment selon chaque point de vue philosophique ou scientifique. La philosophie métaphysique, considère le sujet comme étant "cet objet qui pense".  Selon Descartes l’Homme est un sujet qui se définit par la pensée. Mais penser c’est quoi ? Selon lui, penser c’est sentir, réfléchir, se rappeler, vouloir, choisir, désirer, se poser des questions…  Généralement le sujet dans son essence est pensée et c’est le sens du cogito de Descartes "Je pense donc je suis ". Jacques Lacan a renversé le cogito de Descartes par cette réponse "Je pense là ou je ne suis pas , ou je suis là ou je ne pense pas". Selon J. Lacan ce n’est pas la pensée qui fait de l’Homme ce qu’il est, mais le désir. Ceci permet d’élaborer le cogito Lacanien ainsi  "Je désire donc je suis".

A ce propos  il faut signaler que pour Descartes, le désir fait partie des éléments qui composent l‘acte de penser. Mais le désir dont il parle n’est qu’un mot sans aucune profondeur théorique. Ceci dit, il n’y a pas de rupture épistémologique entre la philosophie et le psychanalyse en ce qui concerne le concept du désir. La théorie du désir chez Lacan trouve ses fondements théoriques chez Hegel tel qu’il l’a développé (dans la dialectique du maitre et de l’esclave). Mais cette théorie a suscité beaucoup de débats, vu le rapport du désir (au sens Lacanien) à l’absence et au manque (le livre de  J. Deuleuses et F Guattari : L’anti-Œdipe).

En ce qui concerne le rapport de la pensée et le désir du point de vue psychanalytique, la pensée est le produit des processus secondaires, ceux-ci sont gérés par le principe de réalité, les processus secondaires se composent des opérations mentales et logiques . Par contre les   processus   primaires qui sont gérés par le principe de plaisir, et qui composent le champ dans lequel le désir va ou ne va pas se  développer, selon le cas.

L’homme parlant, son désir ne peut se faire que sur le mode symbolique du langage, par conséquent, il ne peut jamais atteindre l’objet de sa jouissance ; autrement dit, parce que sa jouissance se porte sur des objets phénoménaux qui ne sont pas à proprement parler l’objet du dési, il ne peut qu’être confronté à l’insatisfaction. Mais cette insatisfaction permet alors de relancer le désir en l’homme, c'est-à-dire que si La Chose était quelque chose dont on pouvait jouir, il n’y aurait plus de la représentation du but à atteindre et souvent d'une volonté de mettre en œuvre des moyens de désir. La jouissance est donc bien visée dans le désir, mais elle demeure inatégniable, mieux, interdite.

La Chose est en effet une béance qui fait que chaque objet est insatisfaisant. Ainsi après la jouissance de chaque objet, le désir est donc relancé vers un autre par la dynamique dont procède La Chose, elle est donc entre deux objets du désir, ces deux objets qui ne peuvent être que dits / elle est alors inter-dite. Ce vide impénétrable de La Chose, ce manque perpétuel est donc constitutif du désir.

De quoi manque-t-on ? Quel est cet objet perdu et absolument irrécupérable ? Pourquoi, comme le dit Lacan, « nous courons de signifiant en signifiant » sans jamais trouver une réponse à la question « pour quel signifié » ?

L'objet perdu à l'origine du désir ?

L'objet perdu, c'est l'intensité de notre première source de insatisfaction. L'objet perdu est donc, le contexte de cette première source. L'objet perdu, fait référence à la vie intra-utérine ; Otto Rank parle de « traumatisme de la naissance », c’est à dire qu'au moment de la naissance l’objet perdu c’est la rupture avec la vie intra-uterine.

Dans tous les cas, on ne peut passer sous silence la connivence structurelle entretenue entre Désir et interdit. Pour les psychanalystes, l'interdit sert à tromper l'inconscient, en lui faisant croire que quelque chose a de la valeur. Mieux, il permet de refouler l'intuition selon laquelle justement, le désir n'a pas d'objet. Cette mise à distance forcée, provoquée par l'interdit, préserve de la déception par la simple dissuasion. On reste dans un rapport de fantasme vis-à-vis de l'objet.

Comme synthèse on peut dire que la détermination du concept du sujet diffère selon l’angle dont il est vu. Descartes considére le sujet comme noyau constant qui constitue l’essence de l’Homme. ce noyaux est la pensée. Par contre la psychanalyse Lacanienne considère que l’essence de l’Homme c’est l’inconscient, ainsi ’Homme est une efficacité qui tourne autour du désir.  

Le sujet en islam : L'Homme doté de quelle volonté ?

Avant d’aborder la problématique du sujet en Islam je voudrais signaler  que le retour à la notion du sujet dans l’article précédant n’était qu’une introduction pour éclaircir la question de l’absence du sujet dans l’Islam. Reste la question : dans quel sens l’Homme est un sujet ?

Pour la pensée théologique musulmane l‘essence de l’être humain (le fils d’Adam) en tant que sujet (en Arabe "dat") est (nafs = l’âme),  dans le sens ou il est objet de la volonté suprême du dieu de l’islam. Allah, le créateur  du  monde a crée l’Homme (Adam) selon son image. On trouve cette conception dans la mystique musulmane et surtout chez le grand maitre (en arabe Chaykh El Akbar) Mouhyi Eddine Ibn Arabi (12ème siècle en Andalousie )

"Il s’est trouvé que Dieu ( Alhak ) à crée  le monde entier comme une silhouette sans âme qui était  comme un  miroir  flou, ce qui a  demandé la clarté du miroir du monde et l’ esprit de la silhouette. Adam est l’esprit de cette silhouette et la clarté  de ce  miroir". (Ibn Arabi Mouhyi Eddine Fossouce Al hikam  pp 15-16  1ere édit. Sadir .   Bayrût Liban  2005. (traduit par Mohamed Hsoune).

Selon cette conception mystique musulmane de la présence d’Adam dans ce monde, Allah est tous les actes d'Adam qui est l’esprit de image de dieu = l’esprit du monde entier. Dans ce monde ne sont que des ordres dictés par la volonté divine et son pouvoir. Dans ce contexte,  l’Homme n’a ni liberté, ni volonté, ni pouvoir, excepte ceux qu'Allah lui a écrit. Mais, puisque c’est lui (Adam) « l’esprit de la silhouette et la clarté de l’image»  (microcosme)  il est  donc l’œil d’Allal à travers lequel  celui-ci voit le monde ; et sa main par laquelle il le manipule, le maitrise ; tout dépend de ses actes, s’il sont faits et dirigés vers le bien ; et de son âme, si elle vise  la purification ou pas ; et de sa concordance avec ce rôle que Dieu lui a procuré sur terre (en Arabe Amana) qu’ Allah lui a délégué.

a- L’Homme serviteur d’Allah : L’Homme est donc sujet, mais pas dans le sens philosophique cartésien du terme, c’ est un sujet  qui n’est pas indépendant de la puissance et de la volonté divine. Sa volonté n’est que celle qu’Allah le tout puissant lui a donné. En islam sunnite, la liberté n’existe pas, car l’Homme, e fils d’Adam, n’est qu’un esclave (Abd), serviteur qui réalise les ordres de dieu.

Note : Selon la doctrine moutazilite (Mouatazila : en arabe signifie ceux qui se sont isolés) on croit à la liberté de l’homme en islam. Malheureusemet, la voix de cette doctrine n’a été entendue que relativement peu dans une période très limitée dans l’histoire de l’islam (au quatrième siècle de l’hégire, durant le reine de la dynastie  Abbasside).

b- La voie de la purification : Le travail du soufisme musulman et du maraboutisme, qui représente une sorte de filière populaire, se résume dans l’institutionnalisation de la purification de l’âme à travers des programmes : prières , le jeune, litanies, rituels de transe (Riada rouhania)… qui varient selon chaque zawiya mais qui ont le même objectif : la purification de l’âme des disciples (Mouridines, son singulier est Mourid). Mais il ne faut pas comprendre que le disciple est obligé de payer une cotisation mensuelle ou annuelle ou quelque chose de ce genre. Le disciple n’a aucun engagement financier envers la zawiya à laquelle il appartient, l’institutionnalisation signifie que le disciple doit suivre un programme spirituel que le Maitre (Cheikh) a instauré, et qui est nommé Tarika : chemin de libération de l’âme de ses souffrances dues à son attachement exagéré au monde de la matière par tous ses aspects (Voir J. Boudriard : De la séduction). Car tous ses aspects sont  éphémères et ne sont que des moyens de séduction (fitna) qui peuvent détourner le fils d’Adam de sa vrai voie qui est la connaissance de Dieu et de sa création. 

La voie de la réussite avec Dieu (l’falah), qui veut dire la réussite dans le parcours de la vie (parcours qui n’est selon l’islam qu’un examen à la progéniture d’Adam et à leurs capacités à résister contre la séduction d’iblis (Satan) et du mal, "toute séduction est une séduction du mal" (argent, progéniture, femmes (pour les hommes), hommes (pour les femmes), célébrité, notoriété, luxe, pouvoir, luxure, possession) et pour réussir ce parcours, il va falloir trouver le chemin. En général « le mystique pourrait être définit  comme celui qui s’est demandé à lui-même : quel est le chemin le plus droit vers Dieu ? C’est en réponse a cette question que le soufisme existe et pour nulle autre raison, car il est par définition la voix la plus directe pour approcher Dieu, au point que le mot  tarikah (voix) désigne par extension un ordre soufique ou une confrérie (Martin Lings : question du soufisme, p32).

c- La transe mystique comme symbole : Les états de transe extatique sont l’expression de la voie vers la purification recherchée par le soufi musulman et aussi le signe de son entrée dans la zone du sacré (pouvoirs spirituels "Baraka") car ces derniers, sont vus comme des symboles de sacralité et des capacités spirituelles du sujet qui est, soit un disciple ou élève du Soufi (Mourid ), soit un de ses  descendants  qui a hérité le sacralité (la sacralité peut être hérité de pére en fils). Ces capacités et pouvoirs se déclenchent soit par les prières du saint ou de celui qui en hérite ses pouvoirs, soit par la prière (dou"aa ou daa"wa) de l’intéressé demandant l’intervention. Comme exemple, le cas d’une mère qui voit ses enfants mourir avant leur première année. Pour venir à bout de son problème il lui a été conseillée de demander de l’aide aux chourfa (les descendants d’un Saint). Elle se présente chez eux durant une cérémonie de transe mystique et présente une offrande symbolique (parfois cette offrande peut prendre la forme d’un sacrifice qu’on nomme L’aar) et prie les saints pour qu’ils interviennent à leur tour par leur prières (leur énergie spirituelle ou l’Baraka), pour que ses futurs bébés ne meurent pas. Beaucoup de femmes témoignent de l’efficacité de ses procédés dans ce genre des cas, considérés par les musulmans comme des cas de malédiction  (Tab’ aa ).

On trouve des cas, où "la malédiction" semble être la conséquence d’un mauvais acte ou offense de la part d'une personne lambda, envers un soufi ou un Saint. Dans ce cas, la mort d’un être cher, la perte d’un emploi, un accident domestique, semblent être interprétés comme "la réponse divine" à un mauvais acte (dans le sens du karma indien ou du châtiment divin) (...). Voici comment les superstitions sont vécues par la société Marocaine. C’est un bon exemple de la puissance des croyances aux pouvoirs de guérison des  saints, les Chorfa (pluriel de Chrif), à leurs descendants et à leur énergie (bénéfique ou pas), "L’Baraka", qui peut être chargée dans toute chose que le saint touche ou  mange ; en toute liquides qui sortent de leurs corps : bave, sueur, sang, sperme, eau ; l’eau bouillante que les Oulad Bouya Rehhal (les fils des saints) boivent durant les rites de transe extatique ne sortent pas de ce contexte. La même chose pour le sang qui coule des fronts des Hamadcha quand ils commencent à taillader leurs tètes.

Les confréries Religieuses

En règles générales, on peut avancer que les confréries religieuses  ne sont pas reconnues par l’islam orthodoxe sunnite comme étant des pratiques correctes, au sens purement religieux. Elles sont considérées comme une sorte d’hérésie, étant donné leur rapport au sang, aux danses, à la musique, et à la transe. Ces confréries   représentent la pratique d’un Islam populaire, pratiqué par des gens simples, souvent illettrés, qui sont incapables d’assimiler le sens  profond de la religion (l’Islam) et qui font recours à la religion pour des raisons plutôt pratiques. Les confréries religieuses existent et fonctionnent  à l'intérieur d'un structure culturelle, en dehors desquelles perdent tout leur sens. Les problèmes du quotidien (jalousie, sorcellerie, la possession, certaines maladies, la mauvaise fortune) s’inscrivent dans une conception de l’homme, dans laquelle ce dernier est soumis à la volonté divine et n’a que peu d’armes, à part celle des saints et de ses intermédiaires. 

Confrérie des Aissawa

Qui sont Aissawa ? Avec les Hmadcha et les Gnaoua, les Aïssaoua forment les confréries les plus connues du Maroc. Fondée au XVIe siècle par Sidi Mohamed Ben Aissa, cette confrérie religieuse se rattache au soufisme. Son centre spirituel (zaouia - zäwiya) principal se trouve à Mekhnès où sont enterrées les dépouilles de son fondateur. Sidi Mohamed Ben Aissa serait né en l'année 872 ou 882 de l'hégire c'est à dire en 1465-1466 de notre comput. Son origine, la date de sa mort (933 h - 1526) et plus globalement sa biographie, sont à l’origine de nombreuses discordes.

Rites  de Aissawa - L’HADRA, Le déroulement d'une hadhra (séance ou réunion) comprend au moins deux temps :

  1. Le hizeb (pl. azhab) qui est la récitation des louanges, prières et litanies (dhikr ou dzikr). Plus précisément le dhikr est une invocation qui consiste à répéter de façon continue l’un des 99 noms de Dieu ou la chahâda (« lâ ilâha illâ Allah Mohamed rasou allah », « il n’y a d’autre dieu qu’Allah et Mohamed est son profete»). Dermenghem décrit ainsi le hizeb d'une hadhra à la zaouïa d'Ouzera près de Médéa dans l'Atlas tellien algérien : L'orchestre est disposé en demi-cercle. Il y a plusieurs bendaïr (bendir), grands tambourins ronds à une peau, une ou deux gueçbas, longues flûtes de roseau, parfois un def, petit tambourin rectangulaire couvert de peau de tous les côtés.....deux chœurs qui se font face et répètent en général les mêmes versets. Le texte est formé de versets coraniques, de prières et d'invocations, répétées souvent plusieurs fois, qui culminent en une grande litanie. Le texte est formé de versets coraniques, de prières et d'invocations, répétées souvent plusieurs fois, qui culminent en une grande litanie fortement assonancée et rythmée.... » 
  2. L'ijdeb ou danse extatique. En réalité ces deux temps sont séparés par une pause avec des offrandes, des enchères. C'est pendant ces danses et la transe qu'ont lieu des manifestations spectaculaires avec des sabres, des charbons ardents, de chèches. Il faut souligner le fait que l'exubérance et le « désordre » manifestes, recouvrent en réalité des conduites qui sont extrêmement codifiées et dont le contrôle est assuré par le cheikh. Ce découpage de la hadhra en deux temps, n'est pas seulement un fait d'observation. Ali Aouattah remarque que cette deuxième partie se base sur d'autres croyances, s'apparentant plus à la possession par les esprits qu'à la mystique. On y retrouve ainsi la curieuse pratique d'imitation d'animaux (lion, lionne, chacal...) par des adeptes investis initiatiquement à jouer ce rôle d’identification. » 

La hadhra peut varier dans les détails et en importance selon, par exemple, qu'il s'agit d'un moussem (fête patronale d'une confrérie) ou d'un lemma (assemblée - groupe) donné par des particuliers et auquel participent les Aissaouas.  Cette cérémonie dans laquelle le rituel de transe occupe une place centrale a lieu durant la nuit. C'est pour cette raison qu'elle est communément appelée lîla, terme d'ailleurs commun aux cérémonies comparables de toutes les autres confréries On peut décrire le rite d’ une  lîla  selon les étapes  suivante : 

  1. Le dhikr (la « remémoration ») : cette séquence comprend à la fois l’entrée (al-dakhla) des Aïssâwa au domicile de l’organisateur, de la cérémonie (lila) la récitation collective de la litanie fondatrice de l’ordre.
  2. (le hizb Subhân al-Dâ`im) et les chants spirituels issues du répertoire liturgique de la confrérie.
  3. Les mluk (les «  les esprits rois possesseurs »). Ce terme désigne une  séance de  transe qui fonctionne comme une thérapie musicale animée par les Aïssâwa, la musique accompagne des chants, qui visent un rapprochement de ces esprits considérés comme des hommes de dieu (Rijal Allah), les priant pour guérir le malade possédée par des démons qui sont en train de danser, au sens soufi (Tejdeb)
  4. La hadra (la « présence ») : la rencontre avec la « présence  » de Dieu est ici mise en scène par Aïssâwa à travers des danses collectives auxquelles participe le public... »

TRANSE D’AISSAWA  et phénomène hypnotique

Danser sur les morceaux de  verres  cassés : Parmi   les phénomènes  hypnotiques  que l’on peut remarquer chez les Aissawa en état de transe extatique, c’est absence apparente de toute sensibilité physiologique (anesthésie, désensibilisation). Certains parmi les jeddaba (ceux qui sont en transe extatique) dansent pieds-nu sur une grande quantité de verre brisé ou sur ou portant sur eux un grand morceau d’arbre de figues de barbaries épineux. Dans la theatralité, les membres de la confrérie interviennent pour l’en débarrasser, mais le danseur refuse et résiste souvent en les fuyant. 

Le Gnaoua 

Qui sont les Gnawa ? Au Maroc, les Gnaoua, descendants d'anciens esclaves noirs d'Afrique subsaharienne (Mali, Soudan, …), pratiquent autour de maîtres musiciens,d’instrumentalistes (graqeb), de voyantes (chewafa, mkedma), de médiums et d'adeptes. Leur instrument principal est un luth-tambour à 3 cordes : le guembri (ou hajhouj). Sur des rythmes et sonorités entêtantes, des transes ont lieu pendant des heures. Les gnawa ont créé un genre musical mystico-religieux original, en répétant en litanie des invocations diverses.

On parle de musique gnawa ou de musique « tagnaouite » (appellation Amazigh). Le mot « Gnaoui » qualifie à la base celui qui est venu du Ghana et de Guinée. Les rituels gnaoua portent une part de mystère et les entrées aux soirées thérapeutiques sont confidentielles. Au Maroc, le premier enregistrement de musique gnaoua sera réalisé sur cassettes audio en 1975. L'étude comparée des structures des compositions musicales des Gnaoua et des musiques du Golfe de Guinée montrent des similitudes intéressantes. Au niveau rythmique, certaines compositions Gnaoua sont polyrythmiques binaire et ternaire (rythmes ternaires superposés sur une structure binaire de fond), et on retrouve la même structure dans les musiques du golfe de Guinée. Les compositions d'Ali Farka Touré, notamment le titre Sega dans l'album Talking Timbuktu, en donnent un bel exemple. C'est là un indice de plus, sinon de l'origine « guinéenne » des Gnaoua, du moins de la fécondation réciproque des cultures entre les deux rives du Sahara.

Les rites de possession

Ils s’articulent autour d’une médium. Elle entre en transe à l’aide des sons musicaux prodigués par les gnawa. Ces derniers utilisent pour leurs compositions musicales des instruments traditionnels (lutes et barrettes de metal). Les gnawa sont à la fois musiciens et acrobates, ils dansent utilisant des mouvements répétés et codifiés qui facilitent leur propre entrée en transe. Ces cérémonies se déroulent au cours des séances nommées lilas (la nuit en arabe).

Transe et phénomènes hypnotiques au cours des rituels gnawa

Lors des cérémonies gnawa, il est aisé de remarquer l’existence de la transe hypnotique et de nombreux phenomènes hypnotiques.

Hypnotiser le sacrifice : Des animaux sont souvent sacrifiés au cours des cérémonies. Pour ne pas faire souffrir la bête, il est important que cette dernière soit endormie (en transe). Elle est purifiée à l’aide de fumigations (encens), d’incantations et des passes. Le gnawi, n’a pas réellement conscience de ce qu’il fait, et ne considère pas le rite comme de l’hypnose, mais possède une vision globale, dans ce sens la transe et les phénomènes hypnotiques, font partie d’un processus plus vaste, dont le but est la connexion avec le divin.

La danse  (jedba), des bougies allumées : Lors de la danse des bougies allumées, l’opérateur enflamme une grande quantité de bougies pour constituer un flambeau important puis danse avec lui. Il approche ce dernier des extrémités, du visage, du corps et semble en transe, complètement insensible à la douleur, produit de la combustion. Des membres de la confrérie veillent sur lui, car l’opérateur semble insouciant des risques encourus.

LES RHAHLA - La confrérie  des Wlad Bouya Rehhal

La tradition rapporte que de leur vivant, les maitres Bouya Omar et Bouya Ahmed ont produit des miracles équivalents à ceux des grands prophètes. Leur progéniture disent d’eux (Bouya Omar et Bouya Ahmed), qu’ils sont l’équivalent des trois grands prophètes : Abraham, Salomon et Jesus. Bouya Omar délibère auprès d’une cour divine, sorte de tribunal mythique, où les djinn (esprits possesseurs) et les inns (humains), sont appelés pour être jugés. Lors des transes, l’opérateur peut boire de l’eau bouillante, manger des serpents venimeux. Il semble immunisé contre le venin et insensible à la chaleur.

Phénomènes hypnotiques durant la transe extatique d’Oulad Bouya Rehhal

La séance du four : Où l’opérateur entre dans un four traditionnel chauffé, servant à cuire le pain, lors du rituel à l’occasion du "moussem" annuel de Bouya Omar (durant la fête du Mouloud). Dans son livre « le culte de Bouya Omar » Khadija Naamouni raconte  comment  un  Rehhali descendant de Bouya Omar à été initie pour entrer au four.

"Jai pénétré deux fois le four (alfarran), l’année dernière et l’année d’avant à l’occasion du Miloud pour L’ferran ; l’ ighara de mes ancêtres me devançait de huit jours, je ne mangeais plus, je ne buvais plus. J’étais pendant huit jours entre les rires et les pleurs. Je ne savais pas ce que je faisais, ni où j’allais. Je voyais partout l’entrée du four. Mon comportement inquiétait mes parents. Pendant dix jours je vivais en dehors de la maison : C’était pendant la miloudiyya les pèlerins nous ont offert à nous tous "Les Chorfa», des cadeaux divers (djellabas, burnous, chaussures, argent, etc..), tous ce qu’on me donnait, je le distribuais aux pauvres qui sont "détenus" dans le saint. Je ne pensais même pas à ma femme ou à mon enfant ! J’errais toute la journée dans les sanctuaires pieds nu habillé en djellaba blanche, ma guttaya bien coiffée et rangée. Même si je marchais pieds-nus, j’étais tout de même d’une propreté extrême, toujours parfumé à l’eau de cologne, à l’eau de clous de girofle et à l’eau de rose. Je sentais que quelque chose d’anormal allait se produire en moi, car je me sentais emporté par une puissance. D’ailleurs, je n’en ai parlé à personne pour ne pas affoler les membres de ma famille… C’était le jour du moussem, monsieur le gouverneur était présent.  Après avoir assisté au sacrifice du taureau pour l’inauguration du moussem, il a été se recueillir sur la tombe de Bouya Omar. Il y’avait un de ses gardiens à la porte de la koubba ;  je voulais rentrer dans le mausolée, le gardien  m’en a empêché,  je lui ai dit : "Je suis Ould sseyyed fils du saint", alors il m’a répondu en me poussant brutalement : "Je ne connais pas les enfants du Saint". Je lui ai répondu tout de suite "Alors tu vas les  connaitre !" J’ai jeté ma djellaba et j’ai couru vers le four. En me dirigeant vers al farran j’ai senti un énorme froid qui envahissait mon corps, je voyais devant moi trois silhouettes qui dégageaient une chaleur agréable. Elles m’ont attiré jusque  devant  l’entrée du four. Elles ont  pénétré dans le four et je les ai  suivies. À  l’intérieur  il  faisait  un  froid  glacial ; mais c’était un endroit merveilleux ; plein de  verdure et l’eau coulait partout autour de moi ; je n’ai senti aucune chaleur. Je demandais des  couvertures car je me sentais gelé. Les gens  hurlaient à l’extérieur, car ils pensaient que je m’étais complètement brulé. D’autres pleuraient. J’ai quitté le four les bras pleins de pain, que je distribuait à la foule. Quand j’ai repris conscience je me sentais comme si je sortais d’un réfrigérateur, je tremblais de froid, c’était quelque chose d’inexplicable". 

D’après le récit, il est possible de déduire les processus qui semblent être à l’origine de l’expérience : 

  1. Avant d’entrer au four ; le sujet semble avoir vécu un état de dissociation avec trouble psychologique : "Je ne mangeais plus, je ne buvais plus. J’était pendant huit jours entre  les rires et les pleurs. Je ne savais pas ce que je faisais, ni ou j’allais. Je voyais partout l’entrée du four. Mon comportement inquiétait mes parents. Pendant dix jours je vivais en dehors de la maison".
  2. Il semble expérimenter un phénomène mystique : "Je sentais que quelque chose d’anormal allait se produire en moi car je me sentais emporté par une puissance. D’ailleurs, je n’en ai parlé à personne pour ne pas affoler les membres de ma famille".
  3. Le sujet semble conscient du bénéfice symbolique dont il jouira (prouver qu’il à des capacités  spirituelles exceptionnelles devant un grand publique) : "J’errais toute la journée dans les sanctuaires pieds nus (...) il fait référence à son comportement comme étant celui d'un Saint.
  4. Il semble érotiser l’attente de ce grand évènement, dans son histoire personnelle et celle de la Zawiya Rehhaliyya : "Habillé en djellaba blanche, ma guttaya bien coiffée et rangée. Même si je marchais pieds-nus, j’étais tout de même d’une propreté extrême, toujours parfumé à l’eau de cologne, à l’eau de clous de girofle et l’eau de rose"
  5. Le sujet semble être dans une transe importante, développe une modification sensoriel (chaud en froid) et des hallucinations. On peut imaginer qu’il a été préparé par atavisme, à travers les rêves et les messages de son  groupe culturel, avec lequel il partage et vit  les mêmes superstitions : "J’ai couru au four. En me dirigeant vers al farran j’ai senti un énorme froid qui envahissait mon corps ; je voyais devant moi trois silhouettes qui dégageaient une chaleur agréable. Elles m’ont attiré   jusque   devant  l’entrée du four. Elles ont pénétré dans le four ; je les ai suivies.  A  l’intérieur  il  faisait  un  froid  glacial ; mais c’était un endroit merveilleux ; plein de  verdure  et l’eau coulait a de  partout autour de moi; je n’ai senti aucune chaleur. Je demandais des couvertures car je me sentais gelé".

Réflexions au sujet de l’expérience de la transe extatique d’Oulad Bouya Rehhal

La réflexion qui m’anime est la suivante : La scène du four, peut-elle avoir lieu sans tout l’appareil mystique, culturel et divin ? Est-ce que la scène du four peut-être reproduite par un sujet n’ayant pas cette référence mystique-culture ? Peut-on réduire cette expérience à une suite de mécanismes psychiques et en relation avec l’hypnose ou par la relation avec le divin ? Quelle est la part du mystique et jusqu’où s’entend une explication rationnelle, davantage cartésienne ? À quel moment l’utilisation des états modifiés de conscience à basculé d’une utilisation plutôt intuitive-religieuse, vers une pratique rationnelle méthodique ? Quelle est la part du rationnel dans les expériences mystiques et celle du divin lors d’une pratique codifié à orientation scientifique ?

NOTE : La version finale, complète, corrigée, comportant les références bibliographiques et la note finale est disponible pour consultation auprès de notre institut. Ayant finalisé son parcours de formation, stage en entreprise, supervisions (individuelle groupe) et après validation du mémoire, l'eleve est considéré comme : ADMIS au titre Praticien Professionnel delivré par notre institut.<